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Interview BX1 Fatoumata Sidibé : “Les violences faites aux femmes ont un coût énorme pour la société”

Fatoumata Sidibé : “Les violences faites aux femmes ont un coût énorme pour la société”
Fatoumata Sidibé (DéFI), députée bruxelloise, a répondu aux questions de Jean-Jacques Deleeuw ce mercredi dans L’Interview sur BX1.

La députée bruxelloise est revenue sur la récente manifestation pour la lutte contre les violences faites aux femmes, organisée samedi dernier en France et dimanche en Belgique, en même temps que le mouvement des Gilets jaunes. « Il faut entendre les gilets jaunes, notamment le malaise social qui en découle. Les femmes sont les premières souffrir des mesures d’austérité. Mais il n’y a pas de comparaison à faire entre les deux mouvements. La manifestation de dimanche dernier a été un vrai succès. On est en train de monter en puissance. Le temps des constats, c’est fini. Il est temps de mettre fin aux violences machistes », affirme-t-elle. « Il faut une priorité nationale pour lutter contre les violences faites aux femmes. Des mesures sont pour l’instant prises mais les violences ne baissent pas. (…) Il y a cette année 33 cas de féminicide dans la presse, mais on n’a pas de statistiques complètes ».


Fatoumata Sidibé demande notamment de « mieux protéger les victimes », et « mieux prendre en compte leurs plaintes à la police ». Elle souhaiterait notamment la mise en place d’un numéro de téléphone permettant aux victimes de se confier et d’être mieux protégées, comme cela se fait déjà en France. « Il y a une demande d’actions concrètes aujourd’hui. Car ces violences ont un coût énorme pour la société. Les femmes victimes de ces violences ont des vies quasiment détruites… », estime-t-elle.

« Emmanuelle Praet ? On peut s’interroger »

La députée bruxelloise est également revenue sur le départ d’Emmanuelle Praet de RTL-TVi en raison de ses propos sur le plateau de C’est tous les jours dimanche. « Emmanuelle Praet est une chroniqueuse acerbe. Je pense qu’on peut s’interroger par rapport au traitement qu’elle a reçu. Je me demande si elle aurait été traitée différemment si elle avait été un homme. Emmanuelle Praet est une chroniqueuse, et non journaliste, donc elle peut avoir des points de vue », affirme Fatoumata Sidibé.

Elle a enfin évoqué les journées du Burundi, organisées cette semaine au Sénat et au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ces journées permettent notamment d’offrir un espace de rencontres et de réflexions entre Burundais de la société civile, vivants au Burundi ou en exil. « C’est un dialogue avec les Burundais, qui a été lancé notamment par le collectif des femmes burundaises pour la paix et la démocratie, qui a permis l’organisation de ces journées. Le Burundi est traversé par des conflits violents, qui font que 400.000 Burundais vivent aujourd’hui hors du pays. Les femmes se sont donc mobilisées pour lancer un message de paix dans le monde entier », explique Fatoumata Sidibé.

La lutte contre les violences faites aux femmes, le cas Emmanuelle Praet, les journées du Burundi… : découvrez l’intégralité de L’Interview de Fatoumata Sidibé (DéFI) dans notre replay.

Retrouvez L’Interview du lundi au vendredi à 12h45 sur BX1.

Communiqué de presse du 25 novembre 2018 : Féminicides, il est temps de sauver des vies !

Communiqué de presse du 25 novembre 2018 : Féminicides, il est temps de sauver des vies !
A l’occasion de la journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, qui a lieu ce dimanche 25 novembre, Fatoumata Sidibé, députée bruxelloise et présidente de DéFI Femmes lance un appel contre ce fléau:
Féminicides : l est temps de sauver des vies ! 


En Belgique, au cours de l’année 2018, 33 féminicides ont été recensés*, soit une femme morte tous les onze jours sous les coups de son conjoint ou de son ancien conjoint. Ces chiffres proviennent d’articles de presse car aucune donnée statistique officielle n’a été publiée depuis de nombreuses années. Comment justifier une telle indifférence envers celles dont la vie est un cauchemar ?
Alors que les chiffres ne cessent d’augmenter, force est de constater que la lutte contre les violences faites aux femmes ne fait pas partie des priorités politiques de l’État fédéral !
Fatoumata Sidibé le répète depuis des années : « il faut décréter l’état d’urgence !
« Il est primordial que les femmes en réel danger, notamment suite à une rupture avec un partenaire violent, puissent faire l’objet d’une protection spéciale et efficace. Il faut intercepter les auteurs de violence conjugale qui s’apprêtent à passer à l’acte ! », insiste la députée DéFI.
Pour ce faire, à côté des dispositifs existants qu’il faut renforcer, Fatoumata Sidibé propose deux mesures à développer en concertation avec les associations, la justice et la police** :

  • Le TGD « Téléphone Grave Danger »
  • L’application « App-elles »

Pour DéFI, il est temps de faire de cette lutte une priorité nationale et de respecter la Convention d’Istanbul*** ratifiée par la Belgique en 2016. C’est une question de respect des droits fondamentaux. C’est une question de santé publique !*http://stopfeminicide.blogspot.com/

TGD : Il s’agit d’un smartphone délivré par le procureur qui permet, en appuyant sur un bouton d’urgence, la mise en contact direct de la victime avec une plateforme d’assistance dédiée 24h/24, 7j/7 et aussi une géolocalisation.  L’objectif : intervenir plus rapidement et sauver des vies.
Le système est déjà en place en France et en Espagne. En France, le système a été généralisé en 2014. En 2017, 288 femmes ont reçu le Téléphone Grave Danger. Les conditions d’attribution du TGD sont assez strictes. Pour obtenir l’appareil, il faut être majeur, ne plus vivre avec son agresseur, celui-ci doit avoir reçu une injonction de ne plus entrer en contact avec la victime.  Avant, pendant et après le TGD, on suit et on accompagne les victimes médicalement, socialement, psychologiquement et si besoin, pour un relogement.

App-elles : Lancée en France, à Nantes, par Diarata N’Diaye, App-elles est la première application française solidaire des femmes et des filles victimes de violences.  Elle permet d’alerter et de contacter rapidement ses ami-e-s, ses proches, les secours, les associations, et tout autre interlocuteur-trice de son choix. Le concept permet également l’utilisation d’un bracelet additionnel relié à l’application sur smartphone. Le bracelet permet à son utilisatrice de déclencher une alerte en temps réel en cas d’agression, et de transmettre ainsi, un enregistrement sonore ainsi qu’une localisation GPS. L’enregistrement sonore est ensuite sauvegardé pendant une semaine. Il peut constituer une preuve et aider les femmes à aller jusqu’à un dépôt de plainte.
*** https://www.coe.int/fr/web/istanbul-convention

 

 

 

Interview BX1 Fatoumata Sidibé : “Les violences faites aux femmes ont un coût énorme pour la société”

Fatoumata Sidibé : “Les violences faites aux femmes ont un coût énorme pour la société”
Fatoumata Sidibé (DéFI), députée bruxelloise, a répondu aux questions de Jean-Jacques Deleeuw ce mercredi dans L’Interview sur BX1.

La députée bruxelloise est revenue sur la récente manifestation pour la lutte contre les violences faites aux femmes, organisée samedi dernier en France et dimanche en Belgique, en même temps que le mouvement des Gilets jaunes. « Il faut entendre les gilets jaunes, notamment le malaise social qui en découle. Les femmes sont les premières souffrir des mesures d’austérité. Mais il n’y a pas de comparaison à faire entre les deux mouvements. La manifestation de dimanche dernier a été un vrai succès. On est en train de monter en puissance. Le temps des constats, c’est fini. Il est temps de mettre fin aux violences machistes », affirme-t-elle. « Il faut une priorité nationale pour lutter contre les violences faites aux femmes. Des mesures sont pour l’instant prises mais les violences ne baissent pas. (…) Il y a cette année 33 cas de féminicide dans la presse, mais on n’a pas de statistiques complètes ».


Fatoumata Sidibé demande notamment de « mieux protéger les victimes », et « mieux prendre en compte leurs plaintes à la police ». Elle souhaiterait notamment la mise en place d’un numéro de téléphone permettant aux victimes de se confier et d’être mieux protégées, comme cela se fait déjà en France. « Il y a une demande d’actions concrètes aujourd’hui. Car ces violences ont un coût énorme pour la société. Les femmes victimes de ces violences ont des vies quasiment détruites… », estime-t-elle.

« Emmanuelle Praet ? On peut s’interroger »

La députée bruxelloise est également revenue sur le départ d’Emmanuelle Praet de RTL-TVi en raison de ses propos sur le plateau de C’est tous les jours dimanche. « Emmanuelle Praet est une chroniqueuse acerbe. Je pense qu’on peut s’interroger par rapport au traitement qu’elle a reçu. Je me demande si elle aurait été traitée différemment si elle avait été un homme. Emmanuelle Praet est une chroniqueuse, et non journaliste, donc elle peut avoir des points de vue », affirme Fatoumata Sidibé.

Elle a enfin évoqué les journées du Burundi, organisées cette semaine au Sénat et au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ces journées permettent notamment d’offrir un espace de rencontres et de réflexions entre Burundais de la société civile, vivants au Burundi ou en exil. « C’est un dialogue avec les Burundais, qui a été lancé notamment par le collectif des femmes burundaises pour la paix et la démocratie, qui a permis l’organisation de ces journées. Le Burundi est traversé par des conflits violents, qui font que 400.000 Burundais vivent aujourd’hui hors du pays. Les femmes se sont donc mobilisées pour lancer un message de paix dans le monde entier », explique Fatoumata Sidibé.

La lutte contre les violences faites aux femmes, le cas Emmanuelle Praet, les journées du Burundi… : découvrez l’intégralité de L’Interview de Fatoumata Sidibé (DéFI) dans notre replay.

Retrouvez L’Interview du lundi au vendredi à 12h45 sur BX1.

Fatoumata Sidibé propose la création d’un musée de l’Immigration

Fatoumata Sidibé propose la création d’un musée de l’Immigration
Le mardi 4 septembre 2018.
En suspens depuis 2001, le projet du musée de l’Immigration n’a toujours pas vu le jour. Fatoumata Sidibé, députée bruxelloise DéFI et présidente de DéFI Femmes, relance ce “projet salutaire pour repenser les valeurs communes”. Elle a d’ailleurs déposé, en avril dernier, une proposition de résolution en ce sens au parlement bruxellois.   

Invitée de L’Interview sur BX1 ce mardi 4 septembre, Fatoumata Sidibé ne manque pas de rappeler qu’ « on manque de volonté politique pour créer un musée de l’Immigration. Il y a eu un projet mais qui a été arrêté car les discussions avec le fédéral n’ont jamais abouti. Il faut que la Région soit proactive pour fédérer autour d’elle et aboutir. »
Pour Fatoumata Sidibé – par ailleurs candidate DéFI à la Ville de Bruxelles pour les élections d’octobre prochain – ce musée permettra à chacun de découvrir la culture de l’autre à Bruxelles, capitale de l’Europe et du cosmopolitisme. Les différentes vagues d’immigration ont construit la Belgique que nous connaissons aujourd’hui. Il faut donc “transformer le regard de la population sur la migration”, précise-t-elle.

L’élue amarante dénonce ainsi le “manque d’intérêt politique pour ce sujet”, qui demeure pourtant crucial. Le contexte actuel favorise et facilite les discours haineux, racistes et antisémites, qu’il faut, à tout prix, combattre.
Pour la présidente de DéFI Femmes, ce musée de l’Immigration en Région bruxelloise permettra également de “faire une société ensemble”.
Fatoumata Sidibé demande donc que le gouvernement bruxellois mette tout en oeuvre pour, enfin, ouvrir ce musée de l’Immigration. La députée DéFI demande également la création d’un comité spécifique garantissant une programmation de qualité.
Dans la presse également :
La Libre Belgique

 

 

DéFI veut un musée de l’immigration

3 septembre 2018,  La Libre : DéFi veut un musée de l’immigration

Défi veut un musée de l’immigration
La Libre Belgique* – 03 sep. 2018
Page 11
* La Libre Belgique édition nationale, La Libre Belgique Liège, La Libre Belgique Hainaut, La Libre Belgique Brabant Wallon, La Libre Belgique Bruxelles
Et si Bruxelles avait un musée de l’immigration, au même titre que Paris ou Londres ou New York ? Pour Fatoumata Sidibé, c’est une évidence. Pourtant, la députée bruxelloise (Défi), ne voit rien venir alors que la création d’un tel musée a été maintes fois annoncée.“On parle de ce projet depuis 2001. À l’époque, il avait été question de mettre en place un comité scientifique pour travailler sur la question. L’ancien Hôtel des douanes (un bâtiment de 800 m2 sur le site de Tour et Taxi, NdlR) était pressenti pour l’accueillir. Des pourparlers ont été menés et puis… le projet a été abandonné. S’il est aux oubliettes aujourd’hui, 17 ans plus tard, c’est à cause d’un manque de volonté politique” , soupire Fatoumata Sidibé, qui a déposé une proposition de résolution au Parlement bruxellois.
Et si ce document n’a rien de contraignant, la députée espère pouvoir (r) ouvrir le débat sur ce projet qu’elle voit comme un outil d’éducation, de lutte contre toutes les formes de racisme et de compréhension de la société. “Chaque fois que j’en parle, je suis muselée. On me répond soit qu’il n’y a pas assez de fonds, soit que ça ne figure pas dans l’accord de majorité. C’est un projet d’envergure qui mérite de penser plus loin qu’une seule législature. Aujourd’hui, il y a toute une génération qui ignore l’histoire de l’immigration en Belgique. Or, si l’on veut construire une société ensemble, il faut enseigner l’immigration.”
Fin 2017, trois ans après avoir été frappé par un attentat, le Musée juif avait rouvert ses portes avec une exposition sur l’immigration intitulée “Belgique, terre d’accueil”. La responsable de l’exposition avait alors rappelé “qu’au vu de l’actualité, il est plus que jamais nécessaire d’ouvrir un tel musée. Il faut expliquer qui a forgé Bruxelles pour en faire ce qu’elle est aujourd’hui et réfléchir à ce qu’elle devra être demain”.
S. F

La négrophobie, un racisme “pernicieux” bien ancré

La négrophobie, un racisme “pernicieux” bien ancré
La Libre Belgique
– 07 sep. 2018
Page 8
*
La Libre Belgique : édition nationale, Liège, Hainaut, Brabant Wallon, Bruxelles.
Avant le “tu es trop noire” à Cécile Djunga, il y a le “tu es un singe” à Christiane Taubira, le “tu prendras bien une banane” à Cécile Kyenge (ex-ministre italienne), le “tu rentrerais bien dans ton pays” à Germain Mugemangango (porte-parole du PTB), le “on ne veut pas de toi sur le terrain” d’un parent à un Romelu Lukaku encore enfant. Tout ça pour une couleur de peau. Avec son coup de gueule ce mercredi sur Facebook, à peine quelques semaines après les incidents au Pukkelpop et à Aarschot, la présentatrice météo de la RTBF a été “la voix des sans-voix” , dixit Patrick Charlier, le directeur d’Unia. Car, si peu de monde dénonce, il ne faut pas se pencher longtemps sur la question de la négrophobie pour constater l’ampleur du phénomène. Aline, une jeune Belge aux origines congolaises, a été confrontée très tôt au racisme. Dans les plaines de jeux,

des enfants la surnomment “Blanche-Neige” ou “Bamboula”. Furieuse, sa mère voudra la protéger et jugera mieux de lui dire de faire profil bas. “Elle m’a dit : parce que tu es métisse, on va te faire des remarques. Il faut que tu sois irréprochable. Je devais faire en sorte de ne nourrir aucun cliché sur les Noirs : ne pas sentir fort, ne pas être bordélique, ne pas être en retard, etc.” Vingt ans après avoir délaissé les toboggans et les balançoires, elle constate que les clichés auxquels elle a été confrontée petite sont encore largement répandus. “Se faire traiter de Bamboula, encore aujourd’hui, ce n’est pas si rare que ça! Et c’est fatiguant de devoir toujours se défendre ou d’accorder quelconque importance à ce genre de propos. Donc parfois, je laisse couler”, raconte-t-elle.

La mère de Christine, jeune Liégeoise sortie des études il y a quatre ans, a quant à elle toujours dit à sa fille que son meilleur bouclier serait l’humour. Pour son premier job d’étudiante, elle doit passer un entretien d’embauche. Ni le nom sur son CV, ni sa voix au téléphone ne trahissent ses origines. Dans le restaurant de son potentiel futur employeur, elle est accueillie par “Oh, je ne savais pas que vous étiez Noire”. Christine ne prendra pas la peine d’aller plus loin. “Moi, je ne savais pas que vous étiez gros”, rétorque-t-elle juste avant de fermer la porte, sans la claquer. “J’aurais pu crier au scandale mais je préfère sourire, renvoyer aux gens leur propre bêtise et les regarder se sentir mal. C’est plus jouissif et moins frustrant! Mais ça demande de l’entraînement pour trouver la bonne phrase au moment opportun. Heureusement, quand on est confronté à des méga-clichés du genre ‘les Noirs et les singes’, on développe vite un certain sens de la repartie”, ironise-t-elle.
Un terme peu utilisé D’après une enquête menée par trois grandes universités du pays et publiée par la Fondation Roi Baudouin en décembre 2017, 80 % d’Afro-descendants ont été victimes de discriminations, d’inégalités de traitement ou de racisme en raison de la couleur de leur peau ou de leurs origines. “On a tous été confrontés à ça un jour, d’une façon ou d’une autre”, estime Fatoumata Sidibé, députée bruxelloise. “Sur les réseaux sociaux, c’est très violent. Dans la vraie vie, même en politique, c’est beaucoup plus pernicieux. On vous fait comprendre que vous êtes toléré, qu’on vous fait une faveur. Comme si les Noirs n’étaient pas légitimes”, explique celle qui estime que le mot “négrophobie” est encore sous-utilisé. “Le racisme anti-Noirs est banalisé. Un jour, sur le temps de midi, une dame et sa petite fille mangeaient ensemble. La gamine m’a dévisagée et m’a traitée de Bamboula. Ce n’est pas un terme qu’elle suce de son pouce, elle l’a entendu quelque part… Pareil pour ce petit garçon de trois ou quatre ans croisé dans la rue qui dit ‘Maman regarde, une négresse ’. On ne peut plus accepter cela.”  En août, au festival Pukkelpop, à Hasselt, deux jeunes femmes de couleur noire ont été molestées, un groupe de jeunes chantant en outre à leur endroit : “Couper les mains, le Congo est à nous”.
Le 28 août, en gare d’Aarschot, un adolescent noir de 15 ans a été bousculé puis jeté sur les voies de chemin de fer par un groupe d’adultes. Trois personnes ont été interpellées à la suite de ces faits. Infrabel a porté plainte. Le 5 septembre, Cécile Djunga, présentatrice de la météo à la RTBF, révèle, dans une vidéo, qu’elle est depuis un an victime de messages racistes de la part d’internautes et de téléspectateurs.

Sarah Freres

J’ai été refusée à l’entrée d’un restaurant …

« J’ai été refusée à l’entrée d’un restaurant …
Sud Presse – 07 sep. 2018
Page 4,5
* Sud Presse : La Meuse – Basse Meuse, La Capitale Brabant Wallon, La Nouvelle Gazette -Charleroi, La Capitale, La Meuse – Liège, La Meuse – Huy Waremme, La Nouvelle Gazette – Centre,La Nouvelle Gazette – Entre Sambre et Meuse, La Province, La Meuse – Luxembourg, La Meuse -Namur, Nord Eclair – Tournai, La Meuse – Verviers, Nord Eclair – Mouscron.
Fatoumata Sidibé (DéFI) s’est vu refuser l’entrée dans un restaurant.« Il y a trois ans, la patronne n’a pas voulu que je franchisse son seuil. Elle disait qu’une ‘mulâtre’ venait souvent manger dans le coin et partait ensuite sans payer. Malgré que j’ai ensuite montré mon argent, elle a refusé. J’ai donc porté plainte. Je me suis dit que si je me taisais aussi, qui allait en parler et qui allait élever les consciences au problème du racisme ? » , nous confie la députée bruxelloise.
« Sur les réseaux sociaux, je reçois aussi des insultes du style : négresse va développer ton village dans ton pays. Heureusement, je suis assez forte pour passer outre. On m’a aussi refusé, dans le train, ma carte de transport parlementaire. L’accompagnateur affirmait que c’était une fausse. Mon fils, lui, a été refusé d’entrer dans une discothèque. Il a appelé la police. On lui a répondu que le portier étant noir, il ne pouvait être raciste. Or, on sait tous que des quotas sont exigés », ajoute-t-elle.
« La négrophobie est grandissante et on n’en parle pas assez. C’est un racisme pernicieux et normalisé. L’emoji caca de l’ancienne Miss Belgique a par exemple été totalement minimisé. Mais il y a aujourd’hui un mouvement qui veut dénoncer et faire connaître ce triste et inacceptable phénomène » , conclut M me Sidibé.

Bientôt plus de noms de femmes dans l’espace public

26 juillet 2018  dans La Capitale : Pour plus de rues avec des nos de femmes.
Un projet de résolution pour l’attribution de plus de noms de femmes dans l’espace public.

À la rentrée, les députés bruxellois devront se pencher sur un projet de résolution (déjà cosigné par les partis de la majorité) qui vise à donner plus de noms de femmes pour les rues, dans l’espace public.
Actuellement, les femmes sont sous-représentées par rapport au nombre de rues qui rendent hommage à des hommes.Boulevard Anspach, avenue Brugmann, rond-point Schuman, place Victor Horta, métro Eddy Merckx… Un grand nombre de nos rues rendent hommage à des personnes importantes pour l’histoire de Bruxelles, du pays ou du monde. Mais il s’agit, pour une écrasante majorité, de noms d’hommes. Les femmes sont très peu mises en avant. Ce constat ne concerne pas que la région bruxelloise. En Europe, plusieurs villes déjà réfléchissent et œuvrent pour féminiser les noms de rues.
La députée DéFI Fatoumata Sidibé souhaite que Bruxelles s’engage elle aussi. Elle a donc déposé une proposition de résolution à ce sujet, co-signée par des députés de chaque parti de la majorité. Elle sera discutée en commission des finances et des affaires générales à la rentrée et devrait a priori faire consensus.
Le texte prévoit l’établissement d’un inventaire, par commune voire par quartier, des noms dans l’espace public, « afin d’objectiver le problème
», explique Fatoumata Sidibé. Il s’agira aussi de confier, à une « instance à déterminer », la mission de proposer des noms de femmes qui pourraient servir pour des rues, places, bâtiments, arrêts de transports, etc. Une sorte de liste dans laquelle pourraient puiser les communes.
Ce sont les communes qui restent compétentes pour nommer les rues, mais la députée DéFI espère que ce texte sera un encouragement fort pour que celles-ci soient attentives au déséquilibre actuel entre noms d’hommes et noms de femmes.
« Pour que la ville appartienne aux femmes, il faut aussi que la ville les rende visibles », estime Fatoumata Sidibé. « Dans la conception patriarcale de notre société, les femmes ne sont que locataires de l’espace public, qui reste le terrain des hommes. Cette mesure est positive. Elle met en avant des femmes, ce qui renverse la tendance actuelle où l’on ne montre les femmes que comme des victimes. »
Mercredi, Juillet 25, 2018 – 19:48
En l’absence d’étude précise, on ne peut chiffrer exactement l’écart entre le nombre de rues rendant hommage à des hommes et ceux à des femmes. Nos confrères du Soir avaient estimé qu’à la Ville de Bruxelles, 26 % des rues avaient des noms d’hommes, contre 4 % pour les femmes. Et encore, c’est un bon chiffre. Nous avons fait le même exercice pour Saint-Gilles : 41 % de rues en hommage à des hommes, 0,8 % pour les femmes. À Saint-Josse : 40 % contre 2,6 %. En encore, souvent, les femmes sont en réalité des princesses ou des reines. À Ixelles, récemment, la rue Malibran a été rebaptisée rue Maria Malibran, pour mettre en avant le fait qu’il s’agissait d’une femme, cantatrice.
Mercredi, Juillet 25, 2018 – 19:52
De notre experte en questions de genre, Julie Gillet, chargée d’études aux Femmes Prévoyantes Socialistes
Que pensez-vous de cette proposition pour féminiser les noms de rue ?
C’est symbolique, mais important. Les femmes sont invisibilisées partout, surtout dans l’histoire. Leur donner des noms de rues, cela permet de réécrire l’histoire, réhabiliter les femmes. Il y a eu énormément de femmes importantes, mais on ne les a pas mises en avant. Cela permet aussi de donner des exemples pour les jeunes filles, pour qu’elles puissent se dire qu’elles aussi, elles peuvent être poétesse, scientifique, ou autre.
Pensez-vous que ce changement puisse aider les femmes à se réapproprier l’espace public ?
Cela peut envoyer le message que les femmes ont leur place dans l’espace public, mais il faut surtout des mesures concrètes : éclairage public, trottoirs assez larges pour les poussettes, rues conviviales, terrains sportifs adaptés aux deux sexes…
Mercredi, Juillet 25, 2018 – 19:53
La commune de Molenbeek a cette année rebaptisé une place au nom de Loubna Lafquiri, victime des attentats de Maelbeek. Au-delà de l’hommage, pour la bourgmestre Françoise Schepmans (MR), le fait que Loubna Lafquiri soit une femme était aussi important. « Nous avons 4 rues avec des noms féminins. Il faut changer ça. De façon plus générale, je pense que les autorités sont désormais plus attentives à la question de genre. Quand j’ai commencé la politique il y a 30 ans, personne n’en parlait. »
Mercredi, Juillet 25, 2018 – 19:54
« Noms peut-être ! » est le nom d’une collective (féminin de collectif) qui milite pour mettre en avant les femmes, notamment en les visibilisant dans l’espace public. Féminiser le nom des rues fait partie des revendications de l’organisation féministe. En novembre 2017, pour leur première action, les militantes avaient rebaptisé les rues des Marolles en collant de fausses plaques. La place Poelaert était devenue la place Simone Veil. « Le but est de faire mieux connaître les grandes femmes belges et étrangères au public bruxellois, de sensibiliser à l’invisibilité des femmes dans nos espaces publics et dans l’histoire mais aussi de donner des modèles positifs à toutes les Bruxelloises », expliquait la collective.
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Cette année, en avril, « Noms peut-être ! » s’est intéressée à l’ULB, en rebaptisant cette fois-ci les amphithéâtres et pour dénoncer le fait que seule une salle sur dix, à l’ULB, porte le nom d’une femme. Une action qui a donné des résultats, puisque l’université a décidé en juin, et suite à une rencontre avec la collective, de baptiser cinq auditoires du campus Erasme d’après des femmes remarquables dans des domaines scientifiques.
Plus récemment, « Noms peut-être! » a réagi à l’annonce des noms que porteront les nouvelles rues du site Tour & Taxis. Un concours avait été lancé sur internet pour que le public choisisse des noms. Un jury a ensuite tranché. Sur les 27 rues, seules deux ont des noms de femmes. Il n’y en a pas pour les hommes en revanche, mais les « chicons », le « stoemp » et la « frite » ont leur rue. Une occasion manquée, pour la collective.

Carte Blanche 17 273 femmes et filles sont déjà probablement excisées en Belgique.

10 Juillet 2018, Carte Blanche dans Le Vif/L’express : Excision, pour un contrôle externe des organes génitaux externes des filles à risque.
Opinion
10/07/18 à 08:10 – Mise à jour à 08:10 – Le Vif /L’Express.17 273 femmes et filles sont déjà probablement excisées en Belgique.
Voici venu le temps des vacances. Et aussi le temps des couteaux et des lames de rasoir. Imaginez une petite fille en vacances dans un pays. Imaginez-la maintenue par trois ou quatre femmes. Imaginez la petite fille terrorisée, se débattant, tentant de crier tandis qu’une main la bâillonne, tandis qu’on la mutile. Dans le meilleur des cas, ce sera dans un hôpital, dans le pire des cas dans une arrière-cour, une cuisine. A vif. Comme un animal qu’on sacrifie. Une torture, un traitement inhumain et dégradant. Un viol collectif.Mais ce n’est pas fini. Imaginez la petite fille souffrant le martyre durant des semaines de cicatrisation. Imaginez le traumatisme, les complications physiques, psychologiques tout au long de sa vie. Maintenant, imaginez que cette petite fille soit une tête blonde. Imaginez qu’elle soit votre fille, votre nièce, votre soeur, votre cousine, une amie, une connaissance. Comment réagiriez-vous face au discours de ceux qui refusent d’ouvrir un débat sur l’examen des organes génitaux externes des petites filles à risque d’excision ? Au motif que l’on risque de stigmatiser certaines communautés ? Car c’est bien la réponse qui revient inexorablement.
Je suis lasse. Je suis lasse de cet argument frileux, relativiste et cynique qui frise la non-assistance à personne en danger. Car oui, si cela se déroule loin de chez vous, cela peut arriver près de chez vous.
200 millions de femmes et filles dans le monde ont été mutilées, coupées, amputées, infibulées, sacrifiées sous l’autel du patriarcat . En Europe, 500000 femmes et filles ont subi une mutilation génitale. Environ 180 000 filles sont à risque chaque année. En Belgique, selon la dernière étude menée par le Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles (GAMS), quelques 17 273 femmes et filles sont déjà probablement excisées et 8 644 sont intactes mais courent le risque de l’être, car originaires de pays où l’excision sont pratiquée. Des chiffres qui ont doublé en cinq ans, suite à l’arrivée de nouvelles populations en provenance de pays ou l’excision est pratiquée.
La demande existe. Et il est illusoire de croire que cette pratique, si ancrée dans les mentalités, puisse disparaitre aussi facilement en immigrant. L’horreur continue. Notamment lorsque les familles partent en voyage dans leur pays d’origine. A Londres, cliniques et médecins privés pratiqueraient également l’excision. Sur le territoire belge, des filles courent aussi le risque d’être mutilées. Sous couvert de correction vaginale, des médecins sur le territoire belge pratiqueraient l’excision sunnite consistant à l’ablation du capuchon du clitoris ; ce qui selon eux “n’est pas une clitoridectomie et ne viole donc pas la loi”. Ceci, donc par bienveillance et humanité, car “au motif de venir en aide aux personnes en détresse et leur faire éviter ainsi la pratique cruelle de la lame de rasoir, sur une table de cuisine”. Une information donnée dans un article de la revue médicale en ligne “MediQuality” en mars de cette année.
Moi qui suis originaire d’un pays, le Mali où plus de 85% des filles sont excisées, moi qui pensais que les lois de ce pays allaient protéger les petites filles de cette pratique barbare, je me rends compte qu’elles ne sont pas forcément à l’abri. Il n’y a pas d’excision minimaliste. Au nom du relativisme culturel, que je nomme “racisme à rebours”, on renvoie des femmes à des traditions qui violent leurs droits les plus élémentaires. Pour preuve, il y a peu dans un article du Journal of Medical Ethics, deux gynécologues américains avaient émis l’idée horrible de rendre l’excision “minimaliste, afin de pallier le manque de sensibilité culturelle” de l’Occident et de respecter certaines obligations culturelles et religieuses sans mettre en danger la santé et le fonctionnement des organes génitaux des femmes”. Imagineriez-vous un seul instant que l’on tienne un tel discours si la petite fille était une tête blonde ? Poser la question, c’est y répondre.
Assez de relativisme, assez d’abandons. Il faut passer à la vitesse supérieure, renforcer la vigilance en matière de prévention et de protection des filles encourant des risques de mutilations génitales. Certes, il faut intensifier les formations des intervenants médicaux et sociaux, car il y a encore une méconnaissance du phénomène. Certes, il faut davantage soutenir financièrement et de manière pérenne les associations de terrain et notamment le GAMS qui mène un travail de prévention, de sensibilisation, de formation des professionnels, de prise en charge psychosociale, avec une équipe composée pour la plupart de bénévoles. Car les besoins sont réels et les moyens ne suivent pas.
Certes, il faut intensifier les campagnes de sensibilisation, d’information et de prévention à large échelle auprès des professionnels, des populations concernées et du grand public pour faire connaitre loi. Car si certaines personnes minimisent la portée de la loi, d’autres ignorent ou feignent d’ignorer que les MGF sont interdites en Belgique.
Mais surtout, je plaide depuis longtemps pour un renforcement de la prévention et de protection des filles encourant des risques de mutilations génitales par la mise en place d’un contrôle des organes génitaux externes des filles à risque.

Comme le recommande l’étude, il est temps d’organiser, en concertation avec les autres entités fédérées, une rencontre réunissant des experts nationaux et européens (en éthique, pédiatrie, médecine légale, droits de l’enfant, services de prévention de la petite enfance, médecine scolaire) en vue d’analyser la place de l’examen des organes génitaux externes dans la prévention et la protection des filles à risque et de décider, de manière concertée, la mise en place d’un mécanisme de prévention et d’identification des mutilations génitales via l’examen des organes génitaux externes des filles à risque. On ne peut plus décider de ne pas décider. Par peur de stigmatiser certaines communautés alors que fillettes issues de ces communautés courent le risque d’être mutilées ici ou ailleurs. Et ce dès le plus jeune âge.

Informer, sensibiliser, prévenir, ce n’est pas stigmatiser. L’excision est interdite en Belgique depuis 2001. L’article 409 du Code pénal sanctionne d’une peine d’emprisonnement de 3 à 5 ans quiconque aura favorisé toute forme de MGF d’une personne de sexe féminin, avec ou sans consentement de cette dernière. Un acte posé à l’étranger peut également être punissable une fois la personne de retour en Belgique. Pourtant, alors que des procès retentissants ont eu lieu en France notamment, ici en Belgique c’est le syndrome des trois singes “Je ne dis rien, je ne vois rien, je n’entends rien”. Très peu de plaintes ont été déposées, quasiment pas de dossier pénal ouvert par le Parquet, aucune poursuite judiciaire malgré des signalements d’enfants à risque d’excision, notamment au retour des vacances. Pendant ce temps, elle court la rumeur. Il n’y a pas de fumée sans feu. Il faut enquêter sérieusement sur les situations rapportées. Et mettre en place un mécanisme de contrôle des organes génitaux externes des filles à risque. Car on continue à trancher le sexe des filles.

 

Fatoumata Sidibé
Députée bruxelloise DéFI
Auteure et artiste peintre

Saran, 5 ans, devait passer quelques jours en Belgique.

14 juin 2018, Carte Blanche dans La Libre Saran, 5 ans, devait passer quelques jours en Belgique. Elle est considérée comme potentiellement dangereuse. 
Saran, 5 ans, devait passer quelques jours en Belgique. Elle est considérée comme potentiellement dangereuse.
Contribution externe Publié le – Mis à jour le
Une opinion de Fatoumata Sidibé, députée (Défi) au parlement bruxellois, auteure et artiste peintre.

Elle a 5 ans et se réjouissait de passer quelques jours chez sa tante en Belgique. Mais son visa a été refusé. Etrangère, elle est considérée comme potentiellement illégale, voire dangereuse. Je suis révoltée.
Elle s’appelle Saran. Elle a cinq ans. Elle se réjouissait de passer quelques jours de vacances chez sa tante en Belgique durant les congés scolaires de juillet/août. Sa tante voulait lui faire voir la mer du Nord, visiter les Ardennes, découvrir Pairi Daiza et Walibi, l’emmener à Eurodisney et visiter un château de la Loire. Elle voulait voir briller des étoiles dans ses yeux d’enfant. A la place des étoiles, ce sont des larmes qui ont perlé de ses yeux. Elle ne viendra pas en Belgique. Elle n’aura pas le visa. Ainsi en a décidé le consulat des Pays-Bas au Mali, l’autorité compétente qui représente la Belgique en matière de délivrance de visa court séjour Schengen.
Elle a cinq ans et elle n’est pas autorisée à venir en vacances en Belgique. Elle a cinq ans et est suspectée de vouloir rester illégalement en Belgique. Elle a cinq ans et est un ennemi à combattre. Elle a cinq ans et représente un danger pour la sécurité sociale, la cohésion sociale et la sécurité du pays. Elle est étrangère donc potentiellement menteuse, fraudeuse, délinquante. Elle a cinq ans et elle doit comprendre que l’Europe a besoin de frontières sûres et contrôlées. Elle a les larmes aux yeux car elle n’a pas “fourni suffisamment d’informations plausibles/vérifiables concernant l’objet de son séjour”. Le fait de venir en vacances chez sa tante est suspect.
La petite a les larmes aux yeux car on lui fait comprendre que sa tante est une menteuse. “Les informations communiquées pour justifier l’objet et les conditions du séjour envisagé ne sont pas fiables. L’authenticité des documents et des justificatifs fournis suscite des doutes, ainsi que la véracité de leur contenu.”

La tante, c’est moi !

 

Pour sa tante, la réponse négative a été un choc. D’abord l’incompréhension, puis la colère. Car la tante, c’est moi. La menteuse, c’est moi. En d’autres termes, je suis une fausse députée. Les documents officiels que j’ai fournis ne sont pas fiables. L’annexe 3bis – l’engagement de prise en charge – acceptée et signée par l’Office des étrangers est mise en doute.

La petite de cinq ans est coupable de ne pas “disposer dans son pays d’origine, d’un revenu régulier et substantiel lui permettant de subvenir à ses besoins par elle-même”. La petite de cinq ans est soupçonnée d’immigration illégale car sa “volonté de quitter le territoire des Etats membres avant l’expiration du visa n’a pas pu être établie”.

Sans doute est-il nécessaire de rappeler que je vis depuis plus de trente ans en Belgique et qu’aucun membre de ma famille, hormis pour d’exceptionnels courts séjours, pour motifs professionnels ou familiaux, n’a introduit une demande de séjour en Belgique. Si j’avais voulu jouer dans ce genre de pièce, il y a longtemps que j’aurais essayé de faire venir ma famille.

Je suis scandalisée, en colère

Je suis révoltée, scandalisée, écœurée. Non pas en mon nom mais au nom de tous ceux qui subissent l’humiliation, le mépris, l’arbitraire dans le cadre de leurs demandes de visas. Au nom de tous ceux que l’on déboute en bloc sans que ne soient prises en compte les situations particulières. Car, désormais, toute demande légale de visa est illégale. Toute demande d’immigration légale est illégale.

Je suis en colère au nom de tous ces citoyen-nes belges qui, bien que remplissant les conditions nécessaires, ne peuvent pas faire venir en vacances des membres de leurs familles. Je suis en colère et triste au nom de toutes ces personnes qui n’ont même pas pu obtenir le visa pour venir assister aux dernières heures de leur père, mère, enfant en Belgique. Je suis en colère au nom de tous ces artistes qui ne peuvent plus venir en tournée en Belgique. Je suis en colère au nom de tous ceux qui ne peuvent plus venir en Belgique pour motifs professionnels ou privés.

Les ambassades de Belgique à l’étranger ayant de moins en moins de section visa, on oblige des personnes à se rendre dans les pays limitrophes, parfois à des centaines de km de distance, pour introduire une demande de visa qui a toutes les chances d’être rejetée. Car les frontières légales sont fermées hermétiquement. Restent les voix illégales que beaucoup empruntent, au péril de leur vie, pour fuir la guerre, les conflits, les dictatures, les persécutions, le chômage, la faim, les violences de genre.

Je suis en colère au nom de ces étrangers “sans papiers” traqués, arrêtés dans la rue, chez eux, chez des amis, au boulot, dans les trains, métros, bus, trams, par ruse au domicile, à l’Office des étrangers, à la commune, à la police.

L’extrême droite infiltre la démocratie

Je suis en colère au nom de ceux qui sont arrêtés, menottés, emmenés pour détention administrative dans des centres fermés. Un univers véritablement carcéral, coûteux, inutile, stigmatisant avec des dispositifs de sécurité, une surveillance quasi constante, les règles de vie très strictes, le recours aux sanctions disciplinaires, l’isolement en cachot, l’accès très limité à l’air libre.

Je suis en colère au nom de ces “sans-papiers” présents sur le territoire belge, sans statut, sans droit, ne pouvant ni se former, ni travailler, ni se faire soigner. Je suis en colère au nom de ces personnes en possession d’un visa touristique en règle et d’un billet d’avion de retour, placées en centre fermé à leur arrivée en Belgique au motif qu’elles n’avaient pas de réservation hôtelière ou qu’elles méconnaîtraient les curiosités touristiques.

Je les ai rencontrés, ces hommes et ces femmes, dans les parcs, les rues, lors de mes visites dans les centres fermés. Un certain discours tend à déshumaniser l’étranger, à le présenter comme illégal, dangereux. Ce discours qui fait l’amalgame entre criminalité et immigration alimente le sentiment d’insécurité et renforce le discours nauséabond de l’extrême droite qui a infiltré notre démocratie, tel un cheval de Troie. J’ai honte à mon humanité. Mais pendant que certains construisent des murs, pendant que l’on criminalise la solidarité, des citoyens résistent face aux politiques répressives en violation des droits humains les plus fondamentaux. Cette mobilisation citoyenne donne à la solidarité, à l’humanité et à l’engagement, tout son sens.

Détention d’enfants en centre fermé

J’ai maintes fois clamé mon indignation face à la politique migratoire essentiellement axée sur la répression, des moyens policiers et administratifs disproportionnés, la privation de liberté, le non-respect de la dignité humaine, la violation des droits humains fondamentaux. L’Europe forteresse encourage l’immigration clandestine, la traite des êtres humains, l’esclavage, l’exploitation économique et sexuelle des migrants. Sans nier les problèmes, la réalité complexe de l’immigration demande des réponses complexes, justes, appropriées, démocratiques, humaines et respectueuses des droits humains. Déshumaniser l’autre, c’est conduire à la déshumanisation de la société.

Elle s’appelle Saran et pourrait se retrouver dans un centre fermé. Car oui, aussi ignoble, insupportable, odieux que cela puisse paraître, dès ce mois de juillet, un centre fermé pour migrants avec enfants mineurs à côté du centre 127bis à Steenokkerzeel sera ouvert. Alors que la Belgique avait mis fin à l’enfermement d’enfants mineurs dans les centres fermés, suite à la condamnation par la Cour européenne des droits de l’homme, le gouvernement fédéral a décidé de reprendre la détention d’enfants en centre fermé. Honteux et indigne pour nos démocraties. Ce qui se passe en Belgique doit nous faire réfléchir aux heures sombres du passé.

Quand la case du voisin brûle, il faut l’aider à l’éteindre car le feu pourrait contaminer ta case. Quand les droits des uns régressent, ceux des autres sont condamnés à l’être. Alors résistons, au nom de l’humanité, au nom de la démocratie.